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Visite de l'exposition Pharaons noirs, sur la piste des quarante jours à Mariemont (24/06/2007)

Il a failli ne pas avoir lieu cet ultime voyage de l'année 2006-2007 de l'association THOT.
Après Liège en novembre, Bâle en janvier, Bruxelles en février et Colmar en mars, nous nous faisions une joie d'aller découvrir cette dernière exposition qu'on nous annonçait dans le cadre enchanteur d'un parc pourvu d'arbres vénérables. On peut être amateur d'égyptologie et aimer la nature !
Et puis les hasards du calendrier, les obligations des uns et des autres, ont fait que Michèle nous a annoncé fin mai que le voyage ne se ferait pas faute de participants ou alors à un prix disons "prohibitif". C'est alors que j'ai suggéré le covoiturage. Banco ont dit 10 personnes et nous voilà donc déambulant dans les vertes allées de ce parc avec à la main le plan très documenté des arbres remarquables, préparé par Colette Rozoy et la société d'histoire naturelle des Ardennes. Ah, ces immenses hêtres pourpres, ces chênes pédonculés, ces cèdres du Liban ou du Moyen Atlas, et la mini-forêt de séquoias géants. S'il avait fait moins "humide" nous aurions pu pique-niquer sous ces arbres magnifiques.




A 14 heures nous étions rassemblés autour d'Arnaud Quertinmont, notre guide du jour et co-réalisateur de l'exposition bien placé pour nous commenter les pièces exposées. A l'aide d'une carte de l'Egypte et de la Nubie, Arnaud nous précise le site des différents sites archéologiques d'oùproviennent les objets que nous allons voir. Nous admirons une immense vue panoramique de la 3eme cataracte non loin du site de Kerma. En fait de cataracte nous voyions plutôt des rapides.
Cette exposition est axée sur le regard ou les regards croisés que l'on peut porter sur les civilisations. Nous y verrons l'art nubien, la piste caravanière dans le désert et aussi les voyageurs aventuriers du 19e siècle.
Par suite de l'affluence nous commençons par la dernière salle, le marché aux chameaux dans le Soudan actuel. On y trouve des hommes de trois types, maghrébin, noir et négroïde. De superbes portraits d'hommes portant des scarifications sur le visage que nous retrouverons tout à l'heure sur le visage d'un pharaon.
La déesse Hathor, surnommée la dame de la Nubie, portait des cornes en forme de lyre tout comme la superbe vache nubienne de la tribu des Dinkas qu'Arnaud nous présente fièrement. Nous retrouverons plus loin la figure d'Hathor sur un sistre en faïence, le visage est d'une grande finesse, l'une des plus délicates pièces de l'exposition.



Le Soudan est un pays qui connaît une dualité géographique et culturelle, en Basse-Nubie (lac Nasser actuel) la population est arabe, au Sud la population est africaine.
D'oùl'actuelle guerre ethnique du Darfour oùs'affrontent les tribus arabes et les musulmans du Tchad qui massacrent les tribus noires.

La piste caravanière servait dans l'Antiquité à transporter l'or, l'ivoire, les parfums, les peaux de léopards, les bois précieux, au Moyen Age on y transportait des esclaves et actuellement on y voit les troupeaux de dromadaires.



Dans la première vitrine nous voyons à côté de la tête d'Hathor dont j'ai parlé plus haut, une figure d'exécration, le torse d'un nubien, pieds et mains liés dans le dos et sur le corps duquel sont gravés les noms de toutes les générations de sa famille, ce qui en fait un document remarquable pour les historiens.
Un peu plus loin, je suis fascinée par un vase globulaire de l'époque kerma ancien, d'un rouge profond (qui me fait penser au rouge des vases japonais), avec des inclusions ferrugineuses, ce vase est cuit à l'envers et la fumée noircit l'intérieur du récipient, un lissage au sable avant cuisson lui donne un aspect très brillant, laqué même, l'opération est complétée par le frottement d'un galet qui crée de l'électricité statique laquelle va refléter ensuite la lumière sur cet objet d'une grande pureté de lignes et de couleur. (ce vase a 4600 ans !)

Quelques pas encore et nous admirons plusieurs vases rouges encore mais enrichis par des inclusions de mica qui donnent un zone irisée du plus bel effet.



Une salle nous présente les différents produits qui transitaient par la piste caravanière, l'or, le natron, les peaux de bêtes africaines et le bois d'ébène qui curieusement n'est noir qu'au centre.
Et nous voilà sur la piste de Kerma, site gigantesque avec remparts, fossés de défense, mais aucune écriture pour raconter son histoire. A la 25e dynastie apparaissent les pharaons noirs qui dominèrent l'Egypte. Nous saluons l'un d'entre eux avec sa calotte nubienne, deux uraei , ses traits négroïdes et une tête de bélier. Nous apprenons qu'à Napata les reines. aussi possèdent des oushebti témoignant de l'importance de leur rôle dans les sociétés nubiennes. Nous verrons même sur un superbe ouvrage un pharaon et une pharaonne chacun tenant une poignée d'ennemis par les cheveux . C'est Madame Amanitore (ou sa mère Amanishabto ?) qui partait à la guerre et allait tout simplement vaincre Auguste, rien moins que cela. Après Napata, la capitale devient Méroë au 4e et 3e siècle. Les pyramides qu'on peut y voir sont plus pointues qu'en Egypte, elles ont 10 à 15 mètres de hauteur. Malheureusement elles ont été éclatées par les pillards.



Nous sautons quelques siècles pour retrouver les traces des pistes caravanières au Moyen Age, le mythique royaume du prêtre Jean où l'on part en pèlerinage. Les explorateurs du 19e siècle qui sont partis rechercher les sources du Nil. Et puis Arnaud nous raconte l'histoire rocambolesque d'Alexandrine Tinné qui s'embarqua à Amsterdam avec sa mère, sa tante, en robe à crinoline pour aller libérer les esclaves. Tout ce petit monde périt de mort violente. La demoiselle Alexandrine finissant au choix des auditeurs par être tuée par les esclavagistes, ou, plus joli (si on peut dire), mangée par les Miam-Miam pour la remercier de les avoir libérés !

Ainsi finit aussi notre "exploration" au royaume des Pharaons Noirs qui ont su renverser la situation pendant toute une dynastie pour dominer ceux qui les avaient dominés, une histoire pas si courante.
Nous avons été charmés par le talent, l'érudition, la gentillesse de notre guide Arnaud qui nous a fait partager ses coups de coeur avec beaucoup d'humour et de chaleur humaine.



Comme il nous restait un peu de temps nous avons pu poursuivre notre visite en admirant la collection égyptienne du musée, mais aussi une exposition temporaire sur les potiers vietnamiens contemporains, une salle avec une maison de thé et des vases japonais et au sous-sol, à côté de documents historiques sur le château de Mariemont et ses tribulations à travers l'histoire, une superbe collection de faïences de Tournai.

Ce fut une journée bien remplie et un superbe rayon de soleil sur le parc nous donna envie de revenir une autre fois pour mieux profiter de tous ces arbres exotiques et vénérables.

Madeleine Desban





Partenaire avec egyptien-toutankhamon, Egypte Ancienne, Passion Egypte et Egypte.